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Sur la route nous conduisant au cinéma:

Moi> Oh?

Lui> Quoi?

– Le type qu’on vient de dépasser là, sur le trottoir, je suis surpris de le voir dehors.

– Pourquoi?

– C’est un ancien opérateur de chez nous, il a tué sa belle-mère à coup de fusil le mois dernier, il était censé être en prison.

– Oh.

[…]

– Tiens?

– Quoi?

– La voiture que tu viens de dépasser, je comprends pourquoi elle roulait si peu vite.

– Ah bon?

– C’est aussi un ancien opérateur. Il n’a jamais eu de permis de conduire.

– Il l’a peut-être passé depuis?

– Il a essayé, mais il l’a raté. Sa dernière tentative étant de la semaine dernière, je ne pense pas qu’il l’ai eu entre temps.

– Oh.

[…]

<soupire>

– Hm?

– Tu vois la voiture au stop à la sortie du chemin de l’usine?

– Oui, et?

– A cette heure là il ne devrait y avoir personne, ça c’est un opérateur qui gruge sur son temps de travail: il part une demie-heure plus tôt.

– Ah… Et il a le droit?

– Non. Ils en profitent car personne n’est là pour les surveiller à cette heure là. On le sait, mais tant qu’on ne les prends pas sur le fait… Enfin pour celui là, on en reparlera demain.

– Oh.

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2ème jour, 6h30: Je suis réveillé avant l’heure programmée. D’une part par l’habitude, mais aussi par ce fucking soleil qu’aucun rideau ou volet n’arrête. Quand dans ma précédente note je parlais du confort de sommeil dans un hôtel de luxe ou plus modeste, je tiens là le parfait exemple d’hôtel raté. Le but premier c’est quand même d’y dormir. Si quelques gadgets et services viennent s’ajouter tant mieux (bien qu’à ce tarif là je m’attendais quand même à trouver un groom torse-nu dans ma chambre)  mais ce n’est que du surplus. Tiens, par exemple, le chauffage: il se règle au demi-degré près, formidable! Oui mais quand une soufflerie monstrueuse se met en marche en pleine nuit pour ajuster le demi-degré manquant, c’est juste raté. Cela m’a réveillé trois fois personnellement. Aller, rasage, douche et … musculation. Le pommeau de douche est lourd. Ça surprend.

7h30: Je profite qu’il fasse jour et que j’ai encore du temps pour admirer la vue. La montagne, la mer, les orangers, les citronniers, la piscine … Je me ballade dans les jardins.

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(clic pour voir en grand)

8h00: Bon, ok, le petit-déjeuner rattrape les points perdus par la nuit. Thé, salade de fruits frais et nombreux gâteaux maison composent le mien.

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8h30: Arrivée à l’usine. Rapide présentation, la journée peut débuter, le programme est chargé.

12h15: Notre hôte, suisse travaillant en italie et parlant parfaitement français est bavard. Très bavard. La visite devait se terminer à 11h, ca ne fait qu’une heure et quart de retard. ceci dit, c’était intéressant.

13h00: En mangeant rapidement nous avons récupérés une demie-heure sur l’horaire prévu. Je comprends mieux pourquoi leur productivité est en berne: leur réfectoire possède une immense baie vitrée face à la mer. Qui aurait envie de s’en détourner? Qui plus est, les repas italiens sont copieux: entrée ou antipastis, puis plat de pâtes/riz, plat principal avec son accompagnement (autre que pâtes ou riz cette fois), dessert.

15h00: La seconde intervention de notre hôte nous a refait prendre du retard. Ce dernier s’élève maintenant à trois heures sur timing prévu initialement.

17h00: Fin théorique de la journée. Le programme est loin d’être bouclé. Les discussions sont toutefois passionnantes et enrichissantes. On partage nos expériences respectives, c’est formidable. En interne à l’usine je ne peux parler comme ça à personne, trop technique pour mes collègues. Cela fait un bien fou.

20h00: Ca y est, nous avons fini le programme prévu. Nous avons encore beaucoup à dire, mais il faut bien s’arrêter. Plus le temps de repasser à l’hôtel, on file directement au restaurant.

20h15: Le restaurant ne paie pas de mine, mais les recommandations de plusieurs guides sur la porte parlent d’elles-mêmes. Tout est frais et fait maison. mention spéciale à la tartelette à la confiture d’orange maison, une tuerie.

23h15: Fin du repas. L’ambiance est bonne, mais la journée nous a tous anesthésiés.

23h30: Hôtel, douche, dormir.

Je ne le cache pas, je suis gourmand. C’est un péché auquel je succombe sans aucune honte, et que je partage avec qui veut. A défaut de m’aider à échapper à cet odieux vice, mon entourage m’y pousse plus encore.

C’est ainsi que récemment, J-P. est venu me voir au boulot, un sac bien rempli en main. « Tiens ! Je t’ai ramené des giroles cueillies d’hier. Moi j’en ai trop, j’en ai fait des tas de bocaux et mon congel est déjà plein. Mais c’est comme ça, je ne peux pas m’empêcher d’aller les cueillir. Au moins je sais qu’avec toi elles seront bien cuisinées et appréciées ! »

Soit. De beaux champignons comme ça, ça ne se refuse pas. Je le remercie et penses déjà l’omelette que je me ferai avec le soir venu ou le lendemain.

Plus tard, dans la même journée, c’est P. qui m’aborde. « Hey ! Vous êtes gourmand vous non ? Allez-voir dans le tiroir de mon bureau, il y a A. qui m’a ramené des tas de pâtisseries qu’il a fait pour fêter la fin du ramadan. Il y en a vraiment trop, et puis je suis au régime. Servez-vous, prenez en plusieurs hein ! »

Ne voulant pas le contrarier, je me suis résigné à aller piocher allègrement dans ce tiroir d’abondance. J’y ai découvert –entre autre- de savoureuses cornes de gazelles. Je n’en avais jamais mangés d’aussi bonnes, excepté celles provenant d’une pâtisserie de luxe à Paris et qui les vends au prix de l’or. En tout cas à Troyes, on n’en trouve que de pâles copies, sèches et bourratives, alors que là, sous la coque croquante se cachait un intérieur moelleux et idéalement parfumé.

 

En revenant chez moi en fin de journée (=16h pour moi), il m’attendait. Se levant prestement de sa chaise, il vint me voir en m’annonçant : « J’ai ramené des tartelettes au citron et des amandines pour le goûter, je prépare le thé pendant que tu vas chercher le Scrabble ? »

 

Comment voulez-vous que je m’en sorte avec ça ? Tsss …

Hm… Vous croyez que si j’avoue mon faible pour les beaux torses ils m’en offriront tout pareil ?

Discussion entre quelques collègues, lors d’une réunion au boulot :

– Hey, vous avez sur l’intranet ? X a encore eu une promotion !
– Encore ? Il arrête pas lui ! Et qui va prendre va le remplacer alors ?
– Oh bah surement Y.
– Ben voyons. Je commence à croire qu’il faut en être pour évoluer dans cette boite.
– Hein ?
– Oh, tu vas pas me dire que t’as pas remarqué la boucle d’oreille X ? Et le p’tit foulard que porte toujours Y ? Ils sont pd, et surement que plus haut aussi, une p’tite gâterie et hop ! Promotion !
– Ouais, tu as raison, tu as vu sa chemise rose la dernière fois ?
– Tiens ! Mets voir une chemise arc en ciel lors de la prochaine visite, tu verras, tu l’auras ta promotion aussi !

< Éclats de rire>

– Qu’ils aillent se faire enculer ouais !

– Ben justement ! Ils ne demandent que ça ! Fonce !

<Rires gras>

– Pfff ! Et ben, ça va être beau si tous les pd ils montent.
– Fais gaffe la prochaine fois, n’mets plus ton jean moulant, ils vont croire que tu leur fais des avances.

<Rires vainement contenus>

– Il manquerait plus que ça ! Qu’ils restent où ils sont ces pd, pas besoin d’eux ici !
– Oh, ça ne fait mal que la première fois y parait, dévoues-toi, pour l’usine !
– Ouais ben je préfère encore rester à ma place !
– Faut pas dire ça, et ta carrière ?
– Nan nan, si ça se passe comme ça, je préfère encore rester comme je suis, c’est très bien comme ça ! Et puis on n’a pas besoin d’eux en usine. Tu vois un homo travailler ici toi ?
– Il y en a peut-être eu ça s’trouve.
– Nan, je l’aurai senti, je les repère ces mecs là moi ! De toute façon on peut en prendre, ils resteront pas la journée. Attends, c’est un boulot d’mecs ici ! On n’est pas des tafioles !

<Esclaffade>

– Bon aller, on continue ? Tu as vu le défaut sur les pièces là ?

Hohoho.

Depuis deux jours cinq jours (oui, je n’écris pas vite en ce moment), je suis aphone. Totalement.  Incapable de sortir le moindre son. Et c’est chiant.

Le pire, c’est -comme souvent- au boulot. D’abord les gens s’offusquent, pensant que je les boude lorsque je me contente de leur serrer la main sans prendre de leurs nouvelles comme à l’habitude.  Alors je leur montre la petite carte « aphone » que j’ai réalisé pour l’occasion (bien plus pratique que d’essayer vainement d’expliquer qu’on ne peut plus parler).  Mais bizarrement, alors que tu leur fais comprendre que tu ne peux pas parler, ils ne peuvent s’empêcher de te poser tout un tas de questions auquel tu ne pourra pas répondre, mais ils insistent quand même. « Et comment s’est arrivé? » « Vous ne pouvez plus parler du tout? Rien de rien? » « Mais vous avez quoi au juste? » « C’est une angine? » « Ça fait mal? » « Et vous êtes allez chez le médecin? Il a dit quoi? »… 

Et quant à ceux que je n’aurai vu que de loin, ou que je n’aurai pas pris le temps de montrer ma carte parce que j’ai pas que ça à foutre quand même c’est: « Oh bah? Il fait la gueule aujourd’hui ou quoi? » « Hey! Il est de mauvaise humeur ce matin?’ « Mais non, il est aphone! » « Ah bon? Mais c’est grave? » … et de prendre des proportions démesurées jusqu’au point de devenir l’unique sujet de conversation du moment.

Mais revenons un peu sur le médecin sur lequel on me questionnait. Ne pouvant pas appeler au téléphone et étant seul à la maison en ce moment, j’ai demandé à la secrétaire de l’usine de prendre un rendez-vous pour moi. Elle m’annonce alors qu’il y a une place dans la journée (ce qui n’est pas évident à trouville) à … 20h45. Je lui ai fais répéter mais non, j’ai bien entendu. Je ne savais pas qu’ils exerçaient si tard. Je m’y suis rendu, armé d’un bon bouquin, connaissant bien la ponctualité du métier. Et c’est une heure plus tard qu’il m’a enfin pris en consultation. Il m’a accueillit par un « Avec de la chance, vous pourrez voir le feu d’artifice ce soir. Moi, ce n’est pas sur. » Effectivement, en sortant à 22h15, il restait encore trois personnes dans la salle d’attente.

Vous pensez cet homme intelligent parce qu’il a une blouse blanche et arbore fièrement son diplôme dans un cadre sur le mur? Détrompez-vous, il n’a même pas compris que le concept des 35h c’était par semaine, et non dans la journée. 

Bien marrant d’ailleurs ce médecin (ce n’était pas mon habituel qui était en congé): vous allez le voir car vous ne pouvez plus parler, il vous ausculte tout comme il faut, mais dès que le diagnostic est fait et qu’il voit dans votre fiche où vous bossez, il ne peut s’empêcher de demandes nouvelles: « Et alors votre directeur, il part quand finalement? » « Ah! Et monsieur X? Comment va t-il? mieux? Sacrée tête de mule lui, hein? » « Et Y? A la retraite non? Ça doit faire un vide! »  M…mais? Tu as compris pourquoi je suis venu te voir ou pas?

Je suis bien conscient qu’un médecin doit être disponible, mais j’ai trouvé ça quelque peu démesuré. C’est dans ces moments que j’apprécie encore plus qu’à l’habitude mes horaires de travail, me permettant de rentrer tous les jours à 15h45 chez moi (en contrepartie je commence tôt hein, mais on s’habitue)

Il va s’en dire que depuis ce week-end, mon dernier post est caduc. Comme quoi, il suffit de râler un peu parfois pour faire avancer les choses!

Les torses s’exhibent donc fièrement au boulot, pour notre mon plus grand plaisir visuel. Et comme nous sommes toujours dans l’année de la forêt, voilà l’illustration qui va bien pour clôre cette brève note:

A la manière des grandes productions hollywoodiennes, on m’amena aux enfers pour la troisième fois. Et de la même façon que les suites de films sont souvent insipides, ce voyage le fut également.
Tout a commencé il y a plusieurs semaines, lorsque mon patron vint me voir pour m’annoncer qu’une toute nouvelle réunion des responsables de laboratoire avait été initiée. Jusque là, c’était lui le responsable labo, et il m’avait toujours refusé la place. Mais face à l’horreur de devoir retourner en Pologne (Il a connu cet enfer également, une fois seulement, et s’est démené ensuite pour ne plus y retourner), j’ai obtenu une promotion express. Ah le fourbe! Evidemment, j’héritais en même temps de la foule de tableaux divers à remplir pour préparer cette réunion. Youpi.Le jour venu, le voyage se déroula tout aussi longuement qu’à l’accoutumée. Un peu plus de deux heures de voiture pour aller à Roissy, deux heures d’avions (où on nous a servi des sandwichs infâmes. Air France, je ne te félicite pas), et enfin 4h de taxi bus pour aller de Varsovie à Lichen, coin perdu au coeur de la Pologne. Quatre putains d’heures de taxi, sur des routes défoncées, dans des sièges conçus pour des gens d’1m70 grand maximum (Jossaurait eu sa revanche) , avec pour paysage toutes les industries délocalisées poussant ici comme des champignons, fleurissant sur le bord des routes et s’étalant sur des hectares entiers. Et après tout ce périple, de douze heures au total, et alors que mes collègues (nous étions quatre français dans ce taxi) n’ont cessés de suriner que nous prendrions une bière dès notre arrivée, avant même de déposer nos bagages, nous sommes tombés dans un traquenard dès notre arrivée: l’organisateur de cette journée nous attendait de pied ferme, avec son visage de poupon sourieur et ses deux cents kilos bien tassés. « Ah! Vous tombez bien! J’avais besoin de volontaires pour m’aider à préparer les salles pour demain! » Hein? Non mais oh, t’es là depuis hier toi, tu pouvais pas le faire tout seul? Bon, de toute façon nous sommes unanimes, on va boire avant de faire quoique soit d’autre. Hein? Mais? Pourquoi partez vous avec lui? Et merde.

Ce n’est donc qu’une heure plus tard que nous avons pu nous accouder au comptoir et nous désaltérer. Bière/Vodka pour eux, Coca bien frais pour moi. Pour une fois je ne me suis pas senti trop seul, les responsables labo des autres pays étant majoritairement des femmes, elles nous ont accompagnées à l’eau.  Un buffet nous attendais ensuite en guise de repas, puisque comme nous arrvions tous à différentes heures, c’était plus pratique pour l’hôtel qui nous accueillait. Nous logions d’ailleurs dans le même établissement que lors de ma première descente aux enfers. Celui-là même où on se mire l’engin aux toilettes et où la fenêtre donne sur le plus grand parc d’attractions à bondieuseries d’Europe. En ce mois de mai, c’était en plus une fête constante en l’honneur de feu Jean-Paul II, avec des messes continues dans cette cathédrale grande comme un stade de football, financée uniquement par des dons de pieuses personnes. C’est ballot d’ailleurs, ils ont tellement investis dans cet ouvrage qu’ils n’ont plus d’agent pour se payer l’hôtel à côté. Et celui-ci est tellement perdu dans la campagne (la ville la plus proche est à 30mn de route), que personne n’y va. Il sera donc rasé en fin d’année, tout neuf qu’il était, et reconstruit justement dans la ville la plus proche.

Le lendemain, la réunion à proprement parler fut longue mais enrichissante pour moi qui débutait dans la profession. Rouspétant parce qu’aucune visite d’usine n’était prévue, on rallongea encore cette journée pour une visite express. Ça a le don de me foutre en rogne, ces foutues journées organisées par des mecs qui voyagent tout le temps et qui ne pensent pas que nous aussi on voudrait voir les différentes usines du groupe. Moi j’avais déjà eu cette chance, mais pas mes collègues. Quitte à se réunir sans visiter d’usine, autant louer un hôtel à Varsovie, on économisait les  quatre heures de taxi-bus. Non, maintenant qu’on ‘était là, plus question de rester à l’hôtel.  S’en suivit un repas (un vrai cette fois) où on tenta vainement de saouler notre porcinet d’organisateur. Hélas, il avalait les verres de Vodka sans sourciller, avec ses gros doigts boudinés, sa chemise vert-flashie prête à craquer, ne couvrant même plus le bas de son ventre, parsemée d’auréoles de transpiration un peu partout.

Enfin vint le jour du départ, après une dernière et courte nuit. Courte car réveillés par le soleil aux alentours de 4h30. Oui, on se paie un hôtel quatre étoiles, mais ils ne sont pas foutus de mettre des volets aux fenêtres ou au moins des rideaux opaques. Ils ont bien raison de le démolir cet hôtel, finalement.  Le petit déjeuner était agrémenté de musique trop forte sortie d’une boite de nuit de mauvais gout: Eiffel 65 suivis d’ Oceana.Encore elle? J’ai l’impression que la musique en Pologne s’est perdue dans le continuum espace-temps et qu’ils sont contraints de ressasser les même daubes éternellement. Je ne vois pas d’autres explications.

Puis de nouveau quatre heures de taxi-bus. Et le vol, où l’on retrouve tous les drogués du portables, incapables de l’éteindre malgré l’ordre formel de les éteindre durant le décollage et l’atterrissage. A côté de moi j’ai un vrai winner: il jongle entre Ipod, Ipad, et deux autres téléphones flambant neufs à lui tout seul. A l’arrivée ce fut bien sur l’empressement pour les rallumer, tapotant frénétiquement du doigt dessus pour tenter de les faire s’allumer plus vite. Et tous de recevoir leurs messages, de consulter leurs répondeurs, d’appeler aussitôt mille contacts alors que l’appareil n’est pas encore arrêté et qu’encore une fois ils enfreignent la consigne. Je suis à la fois effrayé et peiné pour eux, enfermés dans leur univers d’ondes, empêtrés dans cette technologie qui les coupe de leur environnement immédiat.

Retour à la maison à 20h, alors que je fais route depuis 7h le matin. Repas, dodo, et retour au boulot tôt le lendemain matin.

A l’heure où tu lis ces lignes, je serai déjà parti pour le pays de l’angoisse (vive les notes programmées!) Convié à une réunion pleine de mystères où je n’ai pourtant pas ma place, cela promet un joli compte-rendu. A bientôt!

(Je suis par avance désolé pour la longueur de cette note, mais emporté dans mon élan je n’ai pas su m’arrêter)

J’aime les milieux industriels. Bien souvent, je laisse les gens perplexes quand je leur annonce cela en réponse au traditionnel « Et sinon, tu aimes quoi dans la vie ? » Oui, ca change du cinéma, de la lecture ou du sport comme réponse. Dans le même genre, je garde en réserve la céramique industrielle pour sonner une bonne fois pour toutes les plus résistants.

Oui, j’aime les industries. J’aime découvrir comment se fabrique les objets de notre quotidien. J’aime tout aussi bien voir d’imposantes machines œuvrer, tout comme je suis admiratif des métiers encore essentiellement manuels. Ethologue, je scrute le grouillement de ces fourmilières démesurées, aux réseaux complexes qui s’entremêlent dans un chaos ordonné. Ethnologue, je suis au quotidien les péripéties incroyables de certains collaborateurs dans ma propre usine. Les industries sont autant d’univers fabuleux, théâtre de scènes mythiques, hélas bien trop souvent noyées dans le flot de la routine quotidienne. A qui sait les percevoir, cela ouvre des perspectives étonnantes.

Mais presqu’encore plus qu’une usine en mouvement, j’aime errer dans ces lieux une fois déserts. Tandis que certains sont terrorisés à cette idée, moi j’en suis émoustillé. Il se dégage de ces endroits une atmosphère toute particulière qui me fascine. C’est là, quand la bête est au repos, que l’on discerne au mieux ses contours et ses particularités qui lui sont propres.

J’ai la chance –ou la malchance selon les cas- de devoir faire quelques permanences le week-end. A cette occasion, je dois vérifier que tout se passe bien dans l’usine, et faire quelques contrôles et réglages sur les matières que nous utilisons. Autant parfois j’essaie de me débarrasser de  la corvée le plus rapidement possible pour quand même profiter de mon week-end, autant je peux flâner et perdre un temps certains à évoluer dans ce fabuleux complexe trop souvent accablé de tous les maux, « fichue usine ! ».

Ainsi cette fois, je me suis amusé à suivre le réseau d’eau de notre site après que ce dernier ait capté mon regard. Cet entrelacs de tuyaux de toutes tailles, bifurquant à angles droits, se séparant pour rejoindre d’autres réseaux, entrecoupés ça et là par des vannes tantôt ouvertes tantôt fermées est magnifique. Le réseau initial est maintenant plus que centenaire, et au fil du temps et des modifications de l’usine, il s‘est agrandi peu à peu pour devenir l’horrible monstre qu’il est actuellement. Chaque fois, personne n’a  pensé ce réseau au niveau global, et chaque petite modification a été réalisée localement, sans se soucier du reste. Du coup, le réseau actuel est d’une complexité impressionnante, tant et si bien que lorsque l’on a une fuite quelque part, ou lorsque l’on doit couper l’eau d’un atelier pour intervention, nous sommes maintenant obligés de couper l’alimentation générale de l’usine, puisque plus personne ne sait quelles vannes fermer pour couper localement l’eau d’un service. Il y a peu de temps, j’avais initié la repeinte de tous ces tuyaux avec un code couleur bien spécifique, pour s’y retrouver un peu mieux. Car outre le réseau d’eau, il y a d’autres monstres arachnéens, certes moins gros, mais bien présents, tels que l’air, le gaz ou la barbotine, et il serait bon de pouvoir différencier tout ce petit monde. J’étais loin d’imaginer l’ampleur du projet. Après plusieurs jours de travail et des litres de peinture consommés, j’ai du revoir mes ambitions à la baisse et ne peindre que dans les lieux clefs de l’usine, à défaut de tout pouvoir faire. Plus récemment, une cuve de lavage a débordé : les sondes de détection du niveau de l’eau étaient tombées en panne. Le temps que l’opérateur trouve la vanne de fermeture du réseau, plus de milles litres s’étaient répandus au sol. Incident fâcheux d’autant plus que la zone inondée était située à l’étage, juste au dessus d’un de nos fours sur lequel l’eau se déversait allègrement. Il aurait fallu nous voir, tous armés de nos raclettes pour repousser l’assaillant aqueux vers le caniveau le plus proche ! En cette période un peu sombre, où la pression de la concurrence se ressent fortement dans les ateliers, où productivité et rendement sont les maitres mots assénés à longueur de journées, se retrouver ainsi ensembles, évacuant tant bien que mal cette eau qui semblait se renouveler sans cesse, fut un instant de franche rigolade comme il n’y en a que trop peu de nos jours dans le milieu industriel. Et pourtant il en faut pour souder au mieux une équipe. Ah ! Si seulement cela pouvait être compris à plus haut niveau…

A titre de comparaison, nous serions fort contents d’avoir un réseau aussi simple que celui-ci.

Mais je m’égare, emporté dans les souvenirs comme je peux l’être dans les plates formes de l’usine. Tantôt j’emprunte un escalier, passe par une porte dérobée, parcours un sombre couloir que je n’ai pas pris la peine d’éclairer, gravit une échelle, redescend plus loin par un monte-charge, franchit une porte battante, repousse un rideau plastique, passe du béton au métal, monte un escalier en colimaçon, déverrouille une porte avec mon passe, me baisse pour passer sous des silos, enjambe une flaque de boue, me faufile derrière un four, pénètre dans un bureau.

Et à chaque atelier, chaque couloir, chaque recoin de cette usine correspond une ambiance qui lui est propre, à laquelle on ne prête pas attention au quotidien, mais qui est pourtant fascinante quand on s’arrête un instant pour la détailler.

J’aime par exemple me laisser envahir par l’atmosphère tropicale, presque suffocante, des ateliers de coulage. Obligés de chauffer pour sécher à la fois nous moules et nos pièces, il y fait entre 30 et 40°c à longueur d’année. Bien entendu, nous ne disposons pas d’évacuation adéquate pour faire partir toute l’humidité ambiante, ainsi il fait souvent moite. L’été, on ne sue rien qu’à rester sur place, sans bouger, au milieu de ces ateliers. Cela parait souvent excessif aux yeux des visiteurs à qui je fais faire le tour de l’usine, ce à quoi je leur réponds très généralement : « Ah bon ? Pourtant il fait plutôt frais, là. » Car oui, on s’en acclimate très bien, je vous assure. J’ai d’ailleurs connu pire, que se soit dans la société où j’exerçais avant ou dans des usines sœurs du groupe, comme celle du Portugal. Et puis, je ne m’en suis jamais caché ici, cette atmosphère est d’autant plus réjouissante à mes yeux qu’elle force les hommes à se dévêtir et travailler torse nu.

Mais si l’ambiance tropicale est celle que l’on ressent le plus en entrant en ces lieux, elle n’est pas la plus riche, on en fait vite le tour. Il y a au moins deux autres aspects qui méritent que l’on s’y attarde, tout au moins à mon sens.

Bienvenue dans notre atelier de coulage.

Il y a d’abord l’aspect visuel. C’est le sens que nous utilisons le plus, et pourtant nous bâclons la tâche la plupart du temps. Lorsque l’usine est en mouvement, nous sommes focalisés sur de petites parcelles des ateliers, le lieu direct où l’on travaille. On ne se donne jamais la peine de prendre du recul, par manque de temps (productivité !) tout comme par manque d’espace, dans ces lieux étriqués, où tout a été optimisé au maximum pour occuper le moindre espace et ne pas gâcher (rendement !) Moi j’aime admirer le contraste saisissant de la pierre centenaire, empoussiérée, érodée par le temps, constituant la base de notre usine, avec des murs plus récents, en parpaings bien alignés et repeints. Je m’arrête à nouveau sur les différentes canalisations qui parcourent le site. Des plus vieilles, entièrement rouillées, aux plus récentes en plastique en passant par celles qui ont été repeintes ou même celles que l’on a démonté partiellement, laissant là un nouveau travail inachevé, certainement du à une autre urgence qu’il a fallu palier. Je resterai des heures perché sur des plates-formes de fortune, en haut d’un escalier, ou grimpé sur une échelle, tant que je suis élevé suffisamment haut pour me positionner au dessus des ateliers et en avoir une vue d’ensemble. Je connais absolument tous les lieux de l’usine qui permettent d’avoir accès à ces points de vue, et je les fréquente régulièrement. Je sourie en remarquant le contraste de zones ternes, grises, non entretenues depuis plusieurs dizaines d’années, à celles flambants neuves, toujours peintes avec des couleurs primaires très vives. Ah ! On est loin des pastels que l’on peut appliquer chez soi, tel le vert bambou qui a servi à la rénovation de ma salle de bain. Non, en industrie, pas de place à la fantaisie, il faut se contenter des couleurs disponibles. Ainsi on retrouve des escaliers métalliques repeints en jaune vif, bordés par des poutrelles tantôt rouges, tantôt orangées. Les chariots sont quant à eux en bleu, à l’exception de quelques cas particuliers qui ont leur code couleur propre : rouge pour y mettre les pièces en casse, vert pour les réparations, et depuis peu jaune pour les étagères plus larges conçues pour s’adapter aux nouvelles cuvettes que nous devons fabriquer. Mes quelques tentatives pour apporter d’autres couleurs à cette palette restreinte se sont soldées par des échecs cuisant. Ainsi le mauve des cabines d’émaillage a été abandonné, le blanc cassé servant à repeindre les murs gris et ternes à été remplacé par un blanc simple mais trop criard lorsque la lumière s’y reflète, le bleu-gris moins vif que le bleu actuel a été botté en touche, car « décidément, ce n’est pas le même bleu, ça ne va pas ». Je soupire et délaisse ces peintures clownesques pour m’attarder sur les bricolages maison qui foisonnent chez nous. On a beau être l’usine qui rapporte le plus d’argent au groupe, cet argent nous n’en voyons jamais la couleur, ils préfèrent le réinvestir dans des usines d’Europe de l’est à bas coût de main d’œuvre. Aussi, quand vient l’heure de petits travaux, il faut parfois se débrouiller comme l’on peut. Le résultat est parfois ingénieux et réussi, parfois un peu plus misérable, mais c’est aussi cette débrouillardise qui nous permet de baisser nos coûts de production. Là on peut apercevoir une étagère montée avec diverses chutes de bois récupérées dans notre benne, installée grâce à des barres métalliques elles aussi issues de chutes vouées à l’évacuation. Le tout est bien entendu repeint –en couleurs criardes- pour donner un aspect global uniforme à l’objet. Mon regard s’élève et je tombe sur les chanlattes, suspendues au plafond, disposées avec soin pour que lorsqu’il pleut, l’eau qui s’infiltre à l’intérieur soit canalisée pour ne pas tomber sur nos pièces. Réparer le toit est trop onéreux, nous on a inventé les gouttières d’intérieur. Cela fait bien rire nos dirigeants qui notent cette bonne idée dans leur calepin mais ne mettent jamais la main au portefeuille pour remédier au problème à la source. Je m’attarde sur nos panneaux d’affichage, presque à la pointe de la technologie. Quand je suis arrivé, il n’y avait principalement que des panneaux en bois, sur lesquels on s’esquintait les mains quand il fallait punaiser une nouvelle information. Les plus chanceux avaient quelquefois du liège. Moi j’ai mis en place des panneaux métalliques, à l’aide de vieilles tôles repeintes dans le bleu-flashi, couleur de la communication chez nous. En guise d’aimants pour afficher les notes, plutôt que d’acheter quelque chose qui nous ruinerait et qui serait volé, j’ai préféré opter pour une option glissée à l’oreille par l’un de mes collaborateurs. Ainsi nos « belles » bandes d’aimant que l’on trouve maintenant partout chez nous, sont issu d’un pillage intensif des décharges avoisinantes, dans lesquelles on a recherché tous les frigos à porte verticale, source de nos précieuses trouvailles. Quand je suis arrivé il y a maintenant quatre ans, on m’avait pourtant prévenu : « Ici, la devise c’est fils de fer et cales en bois ! » j’ai eu moult fois l’occasion de vérifier cet adage.

Le pont de Toulouse, à Vierzon, la capitale du vide. Merveilleux exemple de ce qui se fait le mieux en matière de peinture improbable en milieu industriel.

Toujours perché, ou parfois même en cheminant dans un couloir obscur le week-end,  il m’arrive parfois de fermer les yeux. Privé de la vue, mes oreilles deviennent source d’information exceptionnelles. Il y a d’abord le vrombissement sourd et continuel des différentes cuves de barbotine en agitation. Avec l’expérience, on peut même parvenir à en distinguer les différents moteurs, et déceler aussitôt si l’un ou l’autre est arrêté. Puis viennent les coups cadencés des pompes de circulation de barbotine, battant la mesure, donnant le rythme. Plus proche, c’est moi, et le bruit des chaussures de sécurité sur le métal. Derrière moi, le sifflement aigu d’une fuite d’air, provenant d’un serpentin usé par le temps. En tendant l’oreille et en faisant abstraction de la trame de fond citée précédemment, je parviens jusqu’aux fours. Je balaye la cacophonie des ventilateurs mal isolés et je parviens à entendre les trop nombreuses alarmes. Sirène aigue intermittente, c’est un défaut gabarit. Bip rauque légèrement plus long, c’est le téléphone. Ah! Un signal que je ne reconnais pas, ce n’est pas rare dans ce secteur. Est-ce le four de recuisson qui est en défaut? En tout cas, ce n’est pas le système de surveillance des travailleurs isolés qui s’est mis en route, le bruit de ce dernier étant facilement reconnaissable. Ce n’est pas non plus l’alarme incendie, j’ai appris à la reconnaitre. A ce sujet, je racontre souvent une anecdote qui m’est arrivée lorsque je sensibilise les nouveaux arrivants de l’entreprise à la sécurité: peu de temps après mon arrivée sur le site, alors que j’étais en train de faire visiter les lieux à un enseignant de l’université troyenne, un exercice d’évacuation a été effectué. La sirène incendie s’est déclenchée, et comme j’étais près des fours, je pensais que c’était une énième alarme quelconque qui s’était déclenchée. N’étant pas interrompue, je commençais à pester sur l’opérateur en poste, car tenir une conversation avec un tel vacarme était tout bonnement impossible. Ce n’est que lorsque j’ai vu tout le monde sortir que j’ai compris ma méprise. Comme quoi, savoir reconnaitre les différentes alarmes peut être important.

Un échappement d’air soudain, diffus et long: c’est le brumisateur du local où l’on garde un taux d’humidité élevé qui se met en route. Je n’ai pas le temps de m’y arrêter qu’un autre son me distrait, sur ma droite. Je ne le reconnais pas tout de suite, il est trop distant. De ce côté? Bien sur, c’est un train qui passe sur la voie de chemin de fer qui jouxte l’usine. Puis les pompes de circulation s’arrêtent, tout comme le brumisateur et bientôt suivis par l’agitation des cuves. Un calme relatatif s’installe. J’entends bien mieux les alarmes des fours. Je peux même aller au delà et distinguer des tables élévatrices que l’opérateur du four utilise pour soulager son dos. Un battement d’ailes interrompt ma concentration. Une hirondelle a du faire son nid non loin de là, elles foisonnent sur le site. Aller, je me suis trop attardé dans mes rêveries. Au moins j’ai pu vérifier que tout allait pour le mieux. Une fois, ce genre d’écoute attentive m’a permis de déceler une pompe percée, semblant fonctionner à merveille, mais émettant un son légèrement moins prononcé qu’à l’habitude. Cette pompe étant difficile d’accès et absolument invisible sans parcourir un chemin semé d’embûches, peu de collègues auraient détectés la panne, m’est avis. Ce son inhabituel m’ayant intrigué, je m’étais déplacé jusqu’à elle et avait constaté cette flaque de barbotine grandissante tout autour d’elle. J’ai ainsi prévenu l’agent de maintenance de permanence, et m’en était retourné chez moi satisfait, ayant accompli mon devoir, ravi d’avoir détecté le dysfonctionnement avant le grand démarrage du lundi. C’était sans compter la flemme de l’agent, qui a jugé que cela pouvait bien attendre le lendemain, et qu’il n’allait pas se redéplacer un dimanche, même s’il était payé pour ça. Le lendemain, la pompe a bien tenu le coup. mais la mare s’étant agrandie, elle déborda de la plate forme et la barbotine se déversa sur une étagère de pièces stockée juste dessous.

Comme quoi, quand on ne prend pas assez soin de la bête, elle nous le rappele à sa façon. Car nous avons tout autant besoin d’elle qu’elle a besoin de nous pour être entretenue. Et c’est cette symbiose entre la pluri-centenaire vieillissante mais majestueuse et cette multitude de petits êtres qui s’animent frénétiquement chaque jour en son sein, qui me passionne et que j’essaie  de retranscrire, parfois, maladroitement, ici.

Je continue dans ma remonte d’anciens sujets évoqués ici. Après avoir ajouté un chapitre à la saga Olympia, il est grand temps de revenir à un point crucial de mon travail: le détail des torses qui s’y trouvent.

Fin août, je vous parlais ici de l’arrivée à l’usine du frère de feu le plus beau torse du site. Il était prometteur mais encore loin du niveau fraternel. Et bien quatre mois plus tard, à force de dur labeur chez nous, je ne peux que me réjouir du résultat sur sa plastique. Ce n’est pas encore parfait, il a renforcé ses points forts (bras, pectoraux) tandis que ses points faibles (abdominaux) n’ont pas évolués, mais au global le tout est devenu très plaisant. Ajouté à cela le charme naturel de la famille (yeux, pilosité) et vous obtenez de quoi le hisser sur le podium. Et puis il obtient une mention spéciale du jury pour rester torse nu à longueur d’année à son poste de travail, même en cette période hivernale où la température de son atelier devient supportable.

Aller! Le record de bogossité n’est pas battu, mais rien n’est perdu! Encore un peu d’entrainement et on y sera!

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