A la manière des grandes productions hollywoodiennes, on m’amena aux enfers pour la troisième fois. Et de la même façon que les suites de films sont souvent insipides, ce voyage le fut également.
Tout a commencé il y a plusieurs semaines, lorsque mon patron vint me voir pour m’annoncer qu’une toute nouvelle réunion des responsables de laboratoire avait été initiée. Jusque là, c’était lui le responsable labo, et il m’avait toujours refusé la place. Mais face à l’horreur de devoir retourner en Pologne (Il a connu cet enfer également, une fois seulement, et s’est démené ensuite pour ne plus y retourner), j’ai obtenu une promotion express. Ah le fourbe! Evidemment, j’héritais en même temps de la foule de tableaux divers à remplir pour préparer cette réunion. Youpi.Le jour venu, le voyage se déroula tout aussi longuement qu’à l’accoutumée. Un peu plus de deux heures de voiture pour aller à Roissy, deux heures d’avions (où on nous a servi des sandwichs infâmes. Air France, je ne te félicite pas), et enfin 4h de taxi bus pour aller de Varsovie à Lichen, coin perdu au coeur de la Pologne. Quatre putains d’heures de taxi, sur des routes défoncées, dans des sièges conçus pour des gens d’1m70 grand maximum (Jossaurait eu sa revanche) , avec pour paysage toutes les industries délocalisées poussant ici comme des champignons, fleurissant sur le bord des routes et s’étalant sur des hectares entiers. Et après tout ce périple, de douze heures au total, et alors que mes collègues (nous étions quatre français dans ce taxi) n’ont cessés de suriner que nous prendrions une bière dès notre arrivée, avant même de déposer nos bagages, nous sommes tombés dans un traquenard dès notre arrivée: l’organisateur de cette journée nous attendait de pied ferme, avec son visage de poupon sourieur et ses deux cents kilos bien tassés. “Ah! Vous tombez bien! J’avais besoin de volontaires pour m’aider à préparer les salles pour demain!” Hein? Non mais oh, t’es là depuis hier toi, tu pouvais pas le faire tout seul? Bon, de toute façon nous sommes unanimes, on va boire avant de faire quoique soit d’autre. Hein? Mais? Pourquoi partez vous avec lui? Et merde.

Ce n’est donc qu’une heure plus tard que nous avons pu nous accouder au comptoir et nous désaltérer. Bière/Vodka pour eux, Coca bien frais pour moi. Pour une fois je ne me suis pas senti trop seul, les responsables labo des autres pays étant majoritairement des femmes, elles nous ont accompagnées à l’eau.  Un buffet nous attendais ensuite en guise de repas, puisque comme nous arrvions tous à différentes heures, c’était plus pratique pour l’hôtel qui nous accueillait. Nous logions d’ailleurs dans le même établissement que lors de ma première descente aux enfers. Celui-là même où on se mire l’engin aux toilettes et où la fenêtre donne sur le plus grand parc d’attractions à bondieuseries d’Europe. En ce mois de mai, c’était en plus une fête constante en l’honneur de feu Jean-Paul II, avec des messes continues dans cette cathédrale grande comme un stade de football, financée uniquement par des dons de pieuses personnes. C’est ballot d’ailleurs, ils ont tellement investis dans cet ouvrage qu’ils n’ont plus d’agent pour se payer l’hôtel à côté. Et celui-ci est tellement perdu dans la campagne (la ville la plus proche est à 30mn de route), que personne n’y va. Il sera donc rasé en fin d’année, tout neuf qu’il était, et reconstruit justement dans la ville la plus proche.

Le lendemain, la réunion à proprement parler fut longue mais enrichissante pour moi qui débutait dans la profession. Rouspétant parce qu’aucune visite d’usine n’était prévue, on rallongea encore cette journée pour une visite express. Ça a le don de me foutre en rogne, ces foutues journées organisées par des mecs qui voyagent tout le temps et qui ne pensent pas que nous aussi on voudrait voir les différentes usines du groupe. Moi j’avais déjà eu cette chance, mais pas mes collègues. Quitte à se réunir sans visiter d’usine, autant louer un hôtel à Varsovie, on économisait les  quatre heures de taxi-bus. Non, maintenant qu’on ‘était là, plus question de rester à l’hôtel.  S’en suivit un repas (un vrai cette fois) où on tenta vainement de saouler notre porcinet d’organisateur. Hélas, il avalait les verres de Vodka sans sourciller, avec ses gros doigts boudinés, sa chemise vert-flashie prête à craquer, ne couvrant même plus le bas de son ventre, parsemée d’auréoles de transpiration un peu partout.

Enfin vint le jour du départ, après une dernière et courte nuit. Courte car réveillés par le soleil aux alentours de 4h30. Oui, on se paie un hôtel quatre étoiles, mais ils ne sont pas foutus de mettre des volets aux fenêtres ou au moins des rideaux opaques. Ils ont bien raison de le démolir cet hôtel, finalement.  Le petit déjeuner était agrémenté de musique trop forte sortie d’une boite de nuit de mauvais gout: Eiffel 65 suivis d’ Oceana.Encore elle? J’ai l’impression que la musique en Pologne s’est perdue dans le continuum espace-temps et qu’ils sont contraints de ressasser les même daubes éternellement. Je ne vois pas d’autres explications.

Puis de nouveau quatre heures de taxi-bus. Et le vol, où l’on retrouve tous les drogués du portables, incapables de l’éteindre malgré l’ordre formel de les éteindre durant le décollage et l’atterrissage. A côté de moi j’ai un vrai winner: il jongle entre Ipod, Ipad, et deux autres téléphones flambant neufs à lui tout seul. A l’arrivée ce fut bien sur l’empressement pour les rallumer, tapotant frénétiquement du doigt dessus pour tenter de les faire s’allumer plus vite. Et tous de recevoir leurs messages, de consulter leurs répondeurs, d’appeler aussitôt mille contacts alors que l’appareil n’est pas encore arrêté et qu’encore une fois ils enfreignent la consigne. Je suis à la fois effrayé et peiné pour eux, enfermés dans leur univers d’ondes, empêtrés dans cette technologie qui les coupe de leur environnement immédiat.

Retour à la maison à 20h, alors que je fais route depuis 7h le matin. Repas, dodo, et retour au boulot tôt le lendemain matin.