Étaient-ce les effets des fêtes? Un phénomène typiquement Vierzonnais? Ou bien vivais-je dans un monde dément sans m’en apercevoir jusque là? Quittant le domicile familiale où nous nous étions réunis pour fêter noël, je repartais chez moi. Je jugeais bon de faire une halte à la pompe à essence avant d’entamer véritablement mon périple, afin d’éviter de devoir refaire le plein dans une zone plus coûteuse. Cette action, somme toute anodine, me plongea sans que je ne m’en rende compte dans un univers parallèle ou les lois ont été abrogées et que l’homme a régressé au niveau de son ancêtre néandertalien.
Il y avait foule, toutes les pompes étaient occupées, et une file de véhicules se préparait déjà à prendre la place de chacune à la seconde où l’une d’elles serait libre. Je me plaçais au hasard de l’une des files, coupais mon moteur au vu de l’attente et soupirais déjà en calculant la perte de temps que cela allait m’occasionner. C’est alors qu’un des primates qui m’entourait découvrit la fonction klaxon de son véhicule. Il trouva sans doute le phénomène fort divertissant, puisqu’il se mit à l’actionner de façon régulière environs toutes les cinq secondes, sans plus jamais interrompre son cycle infernal. Même avec cette régularité rythmée méticuleusement, la symphonie ne trouva pas grâce aux oreilles de son auditoire, qui commença à jurer pour montrer son mécontentement, essayant par la même occasion de couvrir le son disgracieux par un volume sonore plus important encore.
A ma gauche, une voiture se gara un peu trop loin de la pompe. Lorsqu’il s’en rendit compte en descendant de son véhicule, le conducteur ventripotent et d’un certain âge, vêtu d’un jogging ample, d’un t-shirt crasseux et de charentaises aux pieds, remonta dans sa voiture et entreprit de se repositionner. Reculant maladroitement, il fonça littéralement sur le véhicule qui le suivait. Le choc ne fut pas vraiment violent, mais suffisant pour déclencher l’ire de la victime. cette dernière, sortie de son véhicule, vociférait en regardant l’étendue des dégâts qui devaient se limiter à une simple rayure décelable uniquement à l’aide d’un microscope perfectionné. Aussi, cela ne semblait guère affecter le ventripotent aux charentaises qui commençait à se servir en essence sans même porter attention au second conducteur. Sans doute avait-il débranché son sonotone et n’entendait pas les plaintes et les injures qui lui étaient adressées.
Deux rangs plus loin sur ma droite, un homme, venant de terminer son plein, demanda à la voiture qui le suivait de reculer. Il pu ainsi reculer à son tour, faire demi-tour et partir sans payer. Comme ça, aussi simplement, sans que cela ne choque personne visiblement. Remarque je les comprends: j’ai déjà assisté à cette même scène un bon nombre de fois, cela en devient banal. Cela m’a amené à m’interroger. N’y a t-il pas des caméras pour poursuivre ces resquilleurs? Parce que soit le système ne marche pas, soit il y a plus de gens qui roulent avec des véhicules volés que je ne le pensais.
Devant moi maintenant, alors que mon tour arrivait pour me servir de ce coûteux liquide, je notais une certaine cacophonie à la caisse. Les véhicules y formaient un balai grotesque, allant et venant en maugréant, suivant les ordres d’une caissière folle. Celle-ci avait visiblement décidé que d’encaisser les gens au fur et à mesure qu’ils arrivaient en leur demandant leur numéro de pompe était trop compliqué. Elle avait donc opté pour un système bien plus simple où chacun devait se présenter à elle dans l’ordre des pompes. D’abord la une, puis la deux, et ainsi de suite avant de recommencer. Si un idiot se présentait alors que ce n’était pas son tour, elle le faisait reculer pour rétablir l’ordre logique des choses. Vous imaginez bien que dans ces espaces si vastes que sont les stations essences, la chose n’était vraiment pas aisée, ajoutant une de massive de désagréments à la colère grandissante de la foule.

“Non non et non, c’est à la voiture rouge de passer, personne d’autre.”
Quand mon tour fut venu de payer -par chance je n’eu pas à faire moult manoeuvres malaisées pour cela- un importun à pied vint me doubler. Il se présenta à la caissière, désirant du gaz. Je prenais mon mal en patience, la délivrance étant proche. L’homme se fit servir sa bouteille. Puis une seconde, différente, obligeant la malheureuse caissière à fouiller une nouvelle fois dans son trousseau de clefs qui devait sans doute ouvrir toutes les serrures de la ville au vu du nombre qu’il comportait. Ceci fait, il en réclama une troisième, et continua ainsi jusqu’à en cumuler six. Moi qui croyait naïvement que la détention de bouteilles de gaz était limitée. Sans doute allait-il approvisionner toute sa famille, ou préparer une vaste opération de terrorisme, certainement pour faire sauter la plantation de Gégé, parce qu’il l’avait bien cherché lorsqu’il s’était moqué de lui revenant bredouille de sa précédente chasse.
Quittant enfin cet univers parallèle, je reprenais ma route, m’éloignant rapidement de ce lieu démentiel sans plus faire aucune halte.